Je suis le lien même, avec mon humanité d’ombres et de reflets.

Je suis argentine, je suis belge, je suis étrangère, artiste, acteur. Dans un monde qui bouge.

Je suis en connexion avec mon chemin, qui continue.

Je suis en route…

 

Depuis mon départ d’Argentine à l’âge de 26 ans, je suis en route, en voyage, comme beaucoup d’entre nous. Tout départ engage de laisser derrière soi pour reconstruire ailleurs. Installée à Bruxelles depuis 1989, architecte de formation, mère de famille, je n’arrivais plus à avancer sans me confronter à moi-même, à une évidence refoulée par la nécessité de reconstruire: je suis étrangère.

J’ai commencé mon travail artistique comme un besoin d’explorer l’altérité dans ce quelle suppose  de découverte et d’assimilation, d’oubli et de perte. Mon travail est né de cette nécessité de créer du lien, des ouvertures et des ponts, matériellement, instinctivement, pour conjurer le rapport à soi tiraillé entre un là-bas  et un ici, entre passé et futur. Le lien comme affirmation de soi, comme rapport aux autres, au monde, au temps et à l’histoire. M’enraciner pour survivre.M’enraciner pour me souvenir. M’enraciner pour construire.

À travers les liens que je tisse aujourd’hui mon passé reviens pour continuer… encore et encore. Quand les paroles sont insuffisantes pour exprimer les sentiments de vide face à la différence et l’apprentissage d’autres cultures, d’un autre climat et d’une autre ville, le travail avec l’espace, la lumière et l’interaction avec le public m'ont permis de comprendre d’abord et transmettre ensuite mes émotions, mes faiblesses et mes forces, sans tomber dans l’angoisse et l’isolement.

À travers la création et la médiation de mes œuvres, un mouvement intérieur imperceptible d’ouverture pu s’opérer. Mon travail s’est imposé comme une nécessité de convertir ces forces négatives en force positives, de la destruction à la création, de l’immobilité au mouvement, et à concevoir l’altérité dans l’ouverture à l’autre, dans ce qu’elle a d’interstitielle, d’expérimentale et de sensible. Il ne s’agit ni de renier le passé ni d’exhiber mes différences mais au contraire d’embrasser mes blessures et mes frustrations, de regarder en face l’altérité dans ce qu’elle a de profondément commun à chacun d’entres nous et ce qui nous relie malgré tout à travers l’échange, le sensible et le dialogue.

J’ai voulu rendre perceptible ses liens qui se font et se défont sans-cesse, qui nous nourrissent et construisent dans un processus constamment répété.

Maria Fernanda Guzman